Laboratoire de
recherche - création 1

École Supérieure de Théatre (UQAM), mai 2024, Montréal

04.
(RE)POSER_ (RE)CCUEILLIR

Se réapproprier nos espaces de repos Semaine 02, mai 2024, UQAM.

Nous avons déjà dans nos corps et dans nos mains plusieurs expériences de donner et de recevoir la manteada. Nous avons approfondi les gestes qui permettent, depuis la tête jusqu’aux pieds, de bercer, de secouer, de « shaker », d’« ondoyer » (se mouvoir en s’élevant et s’abaissant alternativement), de faire tanguer différentes parties du corps, lui permettant de se relâcher, de s’assoupir ou, lorsque ce n’est pas possible, de laisser apparaître « la cartographie des tensions en présence » (Maude).

 

Nous nous approprions tranquillement le rythme de cette pratique, ses articulations et ses détails. Nous avons commencé à trouver nos propres manières de faire, à l’écoute du corps de celle qui reçoit et à l’écoute des rebozos qui sont des courroies de transmission sensibles entre les corps. C’est toute une palette d’expériences sensorielles et perceptives qui s’ouvre. Des couches de tension se relâchent, d’autres se laissent “accoster”, retourner, se rendent sensibles à nos attentions, s’exposent ou résistent aux bercements. Une cartographie de possibilités sensibles se dessine où s’invitent (ré)-(in)-conforts, questions, changements de posture, émotions, sensations – ce qui est senti et ce qui fait sentir (Bouvier, 2024) – images intérieures, rêves et bâillements. L’étrangeté de pouvoir ainsi s’autoriser à travailler des états de repos s’est tranquillement dissoute pour faire place à de la curiosité et à l’évidence qu’il n’y a rien de passif, ni de paresseux ici (Mezeguer Zafe, 2023). Il est en effet tellement « (…) difficile de penser dans nos langues comme dans nos sociétés, l’arrêt d’activité, la tendresse, le relâchement, le recueillement autrement que comme des condamnations à un retrait « passif » hors du monde et à l’inaction » (Bigé, 2023).