Laboratoire de
recherche - création 1

École Supérieure de Théatre (UQAM), mai 2024, Montréal

05.
(CON)TENIR/ (SOUS)TENIR/ (SOUS)TENUE

Collaborer avec le sol

Depuis la tête, jusqu’aux pieds, en passant par le torse, les bras, le bassin et les jambes, avec un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept rebozos, bien « assise » dans son bassin, bien ancrée dans le sol, la tête allongée au-dessus de la colonne :

Bercer
Secouer
Cajoler
Tapoter
Étirer
Serrer
Presser
Faire onduler
Shaker
Rythmer
Remuer
Osciller
Consoler
Endormir
Toucher
Onder
Écouter
Épouser
Enlacer
Imprimer
Emmailloter
Emballer
Inviter à relâcher
Marquer des pauses
Chantonner

Rouler
Soutenir
Contenir
Caresser
Envelopper
Circonvenir

Un corps allongé à ses pieds

Au-delà de ces gestes qui se pratiquent et se peaufinent pour induire un état de détente et de relâchement plus ou moins profond chez la personne qui reçoit, un des apprentissages importants – qui rejoint celui de la danse contemporaine – est de comprendre comment collaborer avec la gravité. En effet, une des raisons pour lesquelles la pratique se fait au sol est la nécessité de sentir la relation entre le sol, la tension du rebozo et le poids de la personne allongée. Il y a donc un relais entre ce qui soutient et ce qui est soutenu, entre les corps en relation, le sol, le rebozo et les mouvements qui s’articulent entre tous ces points. La tension, le poids et le jeu de la gravité sont nécessaires à la création des mouvements. La rencontre entre tous ces éléments forme la chorégraphie de la manteada, dont la puissance est d’être aussi opérante de l’intérieur que de l’extérieur, c’est-à-dire depuis l’expérience de celle qui se laisse soutenir comme depuis l’expérience de celle qui soutient. Les deux postures sont en même temps actives et passives, réceptrices et émettrices.

La manteada est une danse, allongée et horizontale.

Qu’est-ce que cela laisse apparaître ?
Qu’est-ce qui relâche et qu’est-ce qui (re)tient ?
Qu’est-ce qui nous soutient ?
Quel corps cela produit-il ?
Quelle pensée cela nourrit-il ?
Quel collectif cela laisse-t-il émerger ?
Que nous apprennent ces gestes – ralentir, relâcher, se (re)poser, (dé)poser, s’assoupir – qui proposent une attention à soi qui n’est pas juste centrée sur soi ?

[…] à suivre